Ce matin là, Alban est tombé nez à nez avec Anaïs.
Il n’en crut pas ses yeux : Anaïs était là, dans le café d’en face. Elle semblait être avec quelqu’un, elle parlait, mais le reflet de la vitre ne lui permettait pas de voir. Et puis, il s’en fichait : elle était là et c’est ce qui comptait le plus. Son visage de porcelaine, ses boucles blondes, ses yeux bleus et son sourire.
Il n’arrivait pas à traverser la rue. Il avala sa salive. Son cœur battait si fort. Que faire ? Que lui dire ? Et s’il ne disait pas les mots qu’il faut ? Et s’il la décevait de nouveau ?
Il traversa cette rue, comme si les quelques mètres étaient les pires qui soient, ceux qui font durer les secondes des minutes et les minutes des heures. Il hésita. Il regarda sa montre. Sûr il sera en retard à son rendez-vous professionnel mais celui qui était devant lui ne pouvait plus attendre plus...
Il poussa la porte du café et se dirigea vers elle, sans entendre les bonjours des serveurs. Il alla jusqu’à elle.
« Bonjour Anaïs... »
Elle leva sa tête, et surprise, elle en garda la bouche ouverte :
« Bonjour Alban...mais qu’est-ce que tu fais là ?
- Je t’ai vu à travers la vitre et je passais devant... Tu vas bien ?
- Euh oui ça va... »
Un silence les envahit. Une gène, un trouble. Leurs regards se retrouvaient en quelque sorte.
Alban détourna son regard vers la personne qui accompagnait Anaïs. Son cœur fit un tour sur lui-même encore une nouvelle fois. Là encore un échange de regard fut nécessaire, tant la gène était plus forte que tout. Tous les trois se regardèrent, sans trop savoir quoi dire, en attendant que l’un ou l’autre dise autre chose. Alban ne comprenait pas. Il fut décontenancé par ce troisième regard, interrogateur. Il aurait voulu faire demi-tour. Mais Anaïs prit la parole : « Alban je te présente Zoé, ma fille ».
Sa fille. Une si jolie fille. Rousse avec les mêmes yeux bleus que sa mère. Ses mains blanches tenaient fièrement cette peluche de tortue qu’il avait une fois aperçue chez Anaïs, du temps où ils se fréquentaient ; et d'ailleurs il avait trouvé ça ridicule pour une fille de l'âge d'Anaïs d’avoir encore des peluches. Il n’en revenait pas. Sa fille...
Et si c’était cela une famille ? Des rires, des regards si forts et tout cet amour qui transpire ! Et si c’était cela ? Ce cocon merveilleux qui protège tant ? Et si c’était cela qu’il recherchait ? Cette protection si pure avec elle, avec elles. Pouvoir enfin se sentir aimer de toute part, par les deux plus belles filles de la terre. Ressentir enfin cette union qui jusqu'alors été totalement absente de son quotidien. Et si c’était ça ?
Alban pleurait pour la première fois depuis trop longtemps. Il ne savait même plus à quand remontait ses dernières larmes, mais il savait une chose : ça lui faisait du bien, car pour la première fois, il comprenait que le bonheur lui était enfin à portée de mains. Tout près de lui, tout près de son cœur qui débordait de larmes. Pour la première fois Alban se sentait bien. Et plus rien ne lui importait à part ce bonheur d’être avec elles et de partager toute sa petite vie avec celles qui comptent le plus maintenant pour lui : Anaïs et Zoé.