« Dans les livres il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, La rencontre, L’espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n’y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique attention danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s’il est tout déchiré. »

Lou Bertignac a 14 ans. Lou est une adolescente surdouée qui rêve en classe, elle observe les gens à la gare et elle les collectionne des tas de choses. Un jour, elle rencontre No, une jeune
fille à peine plus âgée qu’elle. No. Quel étrange nom. No, comme « non ». Nolween, en fait. No n’a pas de lieu fixe où dormir. No porte avec elle tout un fardeau. Alors, lorsque Lou et
No se rencontrent, c’est un choc. C’est un autre monde qui s’ouvre : celui de l’indifférence, de l’incompréhension et de l’horreur, mais aussi celui
du partage, de la curiosité et du don.
Le style est violent. Les phrases courtes donnent le rythme. Le sens est juste, la réalité aussi.
« On est capable d’envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l’espace, d’identifier un criminel à partir d’un cheveu ou d’une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d’informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue. »
« On ne devrait pas faire croire aux gens qu’ils peuvent être égaux ni ici ni ailleurs. Ma mère a raison. C’est la vie qui est injuste et il n’y a rien à ajouter. […] On apprend à trouver des inconnues dans les équations, tracer des lignes droites équidistantes et démontrer des théorèmes, mais dans la vraie vie, il n’y a rien à poser, à calculer, à deviner. […] C’est du chagrin et puis c’est tout. Un grand chagrin qui ne se dissout pas dans l’eau, ni dans l’air, un genre de composant solide qui résiste à tout. »
Lou va se battre pour que les choses changent, voilà tout. C’est tout cela « No et moi ». L’histoire de la vie. Avec ses choix, ses engagements et puis ses douleurs et ses joies. Et il y a beaucoup de phrases qui marquent, que l’on a envie d’écrire, que l’on a envie de relire. Comme par exemple « Le problème c’est les mais, justement, avec les mais on fait jamais rien. », ou encore « Et notre silence est chargé de toute l’impuissance du monde, notre silence est comme un retour à l’origine des choses, à leur vérité. », et surtout, cette phrase du professeur de Lou, Monsieur Martin « Ne renoncez pas. »
Voilà c’est un roman dont le style m’a foudroyé. C’est rapide et franc. On se prend la réalité en pleine figure. Et là, ça a du bon. Ca remet les choses en place. L’histoire de No est terrible et on est littéralement effrayé. Tout cela n’est pas possible, non. Et je me suis beaucoup attachée à Lou, si fragile, si idéaliste, si naïve un peu aussi, mais tellement bouleversante, sûre d’elle, avec un seul objectif : celui de changer un peu les choses. Voilà tout : j’ai beaucoup aimé.
« Je croyais que l’on pouvait enrayer le cours des choses, échapper au programme. Je croyais que la vie pouvait être autrement. Je croyais qu’aider quelqu’un ça voulait dire tout partager, même ce qu’on ne peut pas comprendre, même le plus sombre. […] La vérité c’est que les choses sont ce qu’elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l’illusion s’éloigne sans qu’on s’en rende compte. La réalité a toujours le dernier mot. »
La couverture et le titre intriguent et
nous donnent quelques indices. On devine l’histoire d’un cercle littéraire, qui réunirait donc « des amateurs d’épluchures de patates »… euh serait-ce de l’humour ou un monde
fantastique ?
Un très beau coup de cœur à partager avec le Tome 1 de la BD de Jung – site de l’auteur
Dans Le journal d’une voisine de Doris Lessing, on découvre une autre façon d’envisager la famille. Jane Somers est une femme d’âge mûr, rédactrice en chef d’un
magazine féminin londonien. Suite aux décès de son époux et de sa mère, elle va prendre conscience de ce qu’elle est, de ce qu’elle a fait de sa vie, et de qui elle est devenue. Elle va
rencontrer Maudie Fowler, une vieille dame, solitaire, têtue et malade. Et lorsque deux mondes si différents se rencontrent, on s’intéresse à autre chose qu’à ses propres tracas, à ses petits
bobos comme à ses plus grandes douleurs. C’est l’histoire délicate et sensible de ces deux femmes qui vont se confronter à autre chose et vivre une drôle de relation.