Bouquins à partager

Mercredi 10 juin 2009

« Dans les livres il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, La rencontre, L’espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n’y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique attention danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s’il est tout déchiré. »

 


Lou Bertignac a 14 ans. Lou est une adolescente surdouée qui rêve en classe, elle observe les gens à la gare et elle les collectionne des tas de choses. Un jour, elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu’elle. No. Quel étrange nom. No, comme « non ». Nolween, en fait. No n’a pas de lieu fixe où dormir. No porte avec elle tout un fardeau. Alors, lorsque Lou et No se rencontrent, c’est un choc. C’est un autre monde qui s’ouvre : celui de l’indifférence, de l’incompréhension et de l’horreur, mais aussi celui du partage, de la curiosité et du don.

 

Le style est violent. Les phrases courtes donnent le rythme. Le sens est juste, la réalité aussi.

« On est capable d’envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l’espace, d’identifier un criminel à partir d’un cheveu ou d’une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d’informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue. »

« On ne devrait pas faire croire aux gens qu’ils peuvent être égaux ni ici ni ailleurs. Ma mère a raison. C’est la vie qui est injuste et il n’y a rien à ajouter. […] On apprend à trouver des inconnues dans les équations, tracer des lignes droites équidistantes et démontrer des théorèmes, mais dans la vraie vie, il n’y a rien à poser, à calculer, à deviner. […] C’est du chagrin et puis c’est tout. Un grand chagrin qui ne se dissout pas dans l’eau, ni dans l’air, un genre de composant solide qui résiste à tout. »

 

Lou va se battre pour que les choses changent, voilà tout. C’est tout cela « No et moi ». L’histoire de la vie. Avec ses choix, ses engagements et puis ses douleurs et ses joies. Et il y a beaucoup de phrases qui marquent, que l’on a envie d’écrire, que l’on a envie de relire. Comme par exemple « Le problème c’est les mais, justement, avec les mais on fait jamais rien. », ou encore « Et notre silence est chargé de toute l’impuissance du monde, notre silence est comme un retour à l’origine des choses, à leur vérité. », et surtout, cette phrase du professeur de Lou, Monsieur Martin « Ne renoncez pas. »

 

Voilà c’est un roman dont le style m’a foudroyé. C’est rapide et franc. On se prend la réalité en pleine figure. Et là, ça a du bon. Ca remet les choses en place. L’histoire de No est terrible et on est littéralement effrayé. Tout cela n’est pas possible, non. Et je me suis beaucoup attachée à Lou, si fragile, si idéaliste, si naïve un peu aussi, mais tellement bouleversante, sûre d’elle, avec un seul objectif : celui de changer un peu les choses. Voilà tout : j’ai beaucoup aimé.

 

« Je croyais que l’on pouvait enrayer le cours des choses, échapper au programme. Je croyais que la vie pouvait être autrement. Je croyais qu’aider quelqu’un ça voulait dire tout partager, même ce qu’on ne peut pas comprendre, même le plus sombre. […] La vérité c’est que les choses sont ce qu’elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l’illusion s’éloigne sans qu’on s’en rende compte. La réalité a toujours le dernier mot. »

 

Par Ana-Joe
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Lundi 1 juin 2009

« Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu’à leur lecteur idéal. »

 

Ce livre est unique.

La couverture et le titre intriguent et nous donnent quelques indices. On devine l’histoire d’un cercle littéraire, qui réunirait donc « des amateurs d’épluchures de patates »… euh serait-ce de l’humour ou un monde fantastique ?
Et puis il y a la couverture : des lettres timbrées de l’île de Guernesey et datées de 1947. Pendant la seconde guerre mondiale donc. En feuilletant on découvre les lettres, d’une à deux pages. 400 pages sous forme de lettres… Surprenant ! Comment unir toute une histoire sous cette forme là ? Déroutant non ? Mais je me suis rappelée comme les correspondances peuvent avoir du sens et de la force (rappelez-vous aussi ici) et puis ce titre m’a encouragé et surtout, ma curiosité l’a largement emporté !

Toutes ces lettres m’ont étonné ! Quel bonheur ! Ce livre m’a beaucoup ému mais il m’a également procuré beaucoup de joie. C’est époustouflant. Je ne veux pas trop en dire. Laissez vous juste séduire par ce monde pas si loin de nous, par la force des livres sous l’Occupation et par cette très belle histoire d’hommes et de femmes que l’on a envie de croiser au moins une fois dans sa vie.

C’est un voyage entre Londres et Guernesey. C’est la découverte de personnages attachants. On rit beaucoup. On est très ému aussi. On est véritablement emporté par le rythme de toutes ces lettres qui font de ce cercle littéraire un merveilleux monde, un hymne à la lecture, un chant à l’humanisme.

 

Quelques passages…

« J’adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C’est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l’argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l’amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. »
 
« Ils nous ont occupés pendant cinq ans. […] Au début, nous étions remplis d’espoir. Nous pensions qu’ils ne resteraient pas plus de six mois. Mais les jours passaient, et ils étaient toujours là. Les vivres ont commencé à manquer, et bientôt le bois de chauffage. Nos jours étaient gris de labeur et nos soirées noires d’ennui. Nous devenions tous maladifs, à force de si peu manger, et l’idée que ça ne s’arrêterait jamais nous rendait maussades. Nous nous accrochions à nos livres et à nos amis, qui nous rappelaient l’autre part de nous. […] A la fin de la guerre, je me suis également promis de ne plus jamais en parler. Je l’ai vécue et j’en ai parlé pendant six ans, je brûle de m’intéresser à autre chose, n’importe quoi d’autre. Mais cela reviendrait à chercher à oublier qui je suis. La guerre fait partie de mon histoire, de notre histoire à tous, il n’y a pas moyen de s’y soustraire. »

« Je vais gagner la prairie parsemée de fleurs sauvages qui se trouve juste devant ma porte, et courir jusqu’à la falaise le plus vite possible. Puis je m’allongerai par terre, je regarderai le ciel – qui scintille comme de la nacre cet après-midi -, je humerai le parfum de l’herbe chaude […]. La mer et les nuages sont ne perpétuelle métamorphose, j’ai peur de manquer quelque chose en restant à l’intérieur. Quand je me suis levée ce matin, la mer semblait pleine de piécettes d’or. Et, maintenant, on la croirait recouverte de dépôts de citron. Les écrivains ont intérêt à vivre au cœur des terres ou près d’une décharge publique, s’ils veulent réussir à travailler un peu. »


Site de Annie Barrows .

Par Ana-Joe
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Vendredi 22 mai 2009

J’ai 26 ans mais parfois qu’il est bon de lire des histoires pour enfants. Qu’il est bon de lire toute l’imagination des enfants qui se perd quand on grandit. J’ai lu de Philippe Claudel La petite fille de Monsieur Linh et j’avais été émue par l’extrême sensibilité des mots. Et j’avoue avoir été émerveillée par les vingt histoires que j’ai lues en une seule et belle fois. Comme un grand verre de lait frais.

 

Je ne peux rien vous dire de plus que de lire ces histoires là, de les savourer et de découvrir les illustrations de Pierre Koppe au fil des pages. Ce livre est un petit bijou de poche. Je les ai toutes aimées ; mais j’ai quatre préférées : Le dur métier de fée, si drôle et touchant surtout lorsqu’on se rend compte qu’elle « sort d’une longue période de chômage » et qu’elle ne sait plus comment s’y prendre ; Le garçon qui entrait dans les livres, où Lucas a ce don de pouvoir se plonger dans n’importe quel livre pour vivre toutes ces histoires de chevaliers valeureux ; Le petit voisin, cette histoire touchante de Wahid qui vit à Bagdad au milieu des horreurs de la guerre, et Le vaccin de Zazie, où cette enfant rêve de trouver le vaccin pour «rendre les gens gentils ».

 

J’ai aimé cette pure poésie, si réelle, qui nous ressemble tant. J’ai aimé retrouver dans ces histoires là tout ce que nous avons tendance à oublier : nos rêves !

 

Je vous fais partager également la quatrième de couverture : Vingt histoires, à dévorer, à murmurer, à partager. Vingt manières de rire et de s’émouvoir. Vingt prétextes pour penser à ce que l’on oublie et pour voir ce que l’on cache. Vingt chemins pour aller du plus léger au plus sérieux, du plus grave au plus doux. Vingt façons de se souvenir de ce qu’on a été et de rêver à ce que l’on sera. Vingt regards pour saisir le monde, dans sa lumière et dans ses ombres. Vingt raisons de rester des enfants ou de le redevenir. Vingt sourires. Vingt bonheurs. Vingt battements de cœur.

Par Ana-Joe
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Mercredi 13 mai 2009

Ah les autres ! Tous ces autres qui nous entourent, qui nous ont portés ou qui nous ont brisés. J’ai été interpelée par le titre de ce court roman de Jacques A. Bertrand. Interpelée et amusée. Et j’ai été touchée par plusieurs points : par toute la place rendue à ces autres qui nous ont entouré et par la justesse de leurs rôles.

 

L’auteur nous pousse dans un style sans chichi, parfois cru et violent, à nous interroger sur le rôle des autres. Il nous raconte alors les autres à son enfance, les autres à son adolescence, les autres à son âge adulte. Il fait aussi évoluer son regard sur tous ces autres.

C’est un homme qui commence par ne pas les aimer les autres… « Comment je me suis fâché avec tout le monde, je ne sais plus très bien. Longtemps, j’ai cru aimer les autres. Peut-être que je croyais les aimer parce que je voulais qu’ils m’aiment. Vous voulez toujours que les autres vous aiment. Enfin, vous croyez.  C’est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu’ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres. » Puis, on voit un homme qui en aime certains… « J’ai aimé des gens, énormément. Pas énormément de gens, des gens énormément ». Et enfin, c’est un homme qui tire des leçons, qui s’interroge, qui prend du recul. Sur la vie. Sur les autres. Sur le bonheur. Car tout cela « file très vite […] un peu comme le courrier électronique » et puis ; « ça ne se raconte pas le bonheur. Il faudrait énormément de talent pour raconter le bonheur. J’essaierai peut-être, à quatre-vingt-dix ans. On a plus de recul. »

 

J’ai aimé ce court roman qui résume bien tout ce que les autres sont : des matelas, des obstacles, des amis, des amours, des encouragements, des critiques, des angoisses, des bonheurs. Cela m’a donné envie de lire Les autres de Alice Ferney ; et puis que serions-nous seuls, sans vous, sans nous, sans personne d’autre pour nous guider, nous bousculer, partager, agir, réagir ? On a tant besoin des autres et on les redoute tant que c’est une découverte quotidienne, une nouvelle histoire à chaque fois, une longue parfois, et puis toute vie dans certains cas. C’est bien pour cela que les autres nous préoccupent tellement et nous obligent à toujours s’améliorer. Nous ne sommes pas grand chose sans eux et ils ne sont pas grand chose sans nous. Et quand les crans de nos roues s’accordent bien, c’est la roue du temps qui tourne mieux !

Par Ana-Joe
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Samedi 9 mai 2009

Prix Goncourt 2007

 

Titre superbe ! Au milieu des terres du sud des Etats-Unis : décidément c’est ma période entre Baby Doll et Le Roi de la pastèque ! Quel bonheur d’être plongée dans le blues des Etats-Unis des Années Folles, juste après la première guerre mondiale. Quelle chaleur ! J’entends encore les notes de jazz et le bruit du vent chaud.


«  Terre rouge, argile lourde pour faire des briques rouges et dans ces briques rouges élever des villes, des demeures solides, rien qui bouge dans le rouge, rien qui inquiète non plus ; et puis le parfum lourd et poisseux des pins m’a manqué, que j’exécrais jeune fille, dont je ne croyais qu’il était la cause de mon asthme ; et après les pinèdes, c’est la cuisine d’Auntie Julia qui me manqua, baignant dans le gras et le sucre, écœurante et délicieuse, […]. »

 

Alabama song est le chant brulant de Francis et Zelda Scott Fitzgerald : ce couple fascine inévitablement. Elle, originaire de l’Alabama, est la « Belle du Sud » à la fois provocante et fragile, et elle épousera son « Goofo » dont elle ne connaissait que l’uniforme d’aviateur et son envie de devenir écrivain. Jeune et talentueux il écrira « Gatsby le magnifique » et emportera Zelda dans les mondanités, les rythmes endiablés, et les clubs de jazz new yorkais. Et elle finira dans les cliniques et les hôpitaux psychiatriques. Tragique.

 

Gilles Leroy raconte à la première personne la vie trépidante de Zelda. Il se met dans sa peau, à elle, et par ses yeux, il va nous mener au cœur même de l’histoire d’un couple légendaire. Mêlés à la démesure, ils vont s’aimer, se déchirer, se faire la guerre et se conduire à la folie.  Il prend clairement partie pour elle, pour ses rêves, pour sa façon d’exister ; elle qui vit dans son ombre, par son statut de « femme de… » comme un contrat de publicité à part entière.

« J’avais dansé sur toutes les tables de tous les clubs de Manhattan, mes robes relevées à la taille, je croisais les jambes très haut, je fumais en public, je mâchais de la gomme et je me pintais jusqu’à rouler dans le caniveau. Et il aimait ça, il encourageait ces débordements qui nous faisaient une sacrée cote dans le monde surtout une lucrative publicité. […] Les gens qui s’aiment sont toujours indécents. Et pour ceux qui ont perdu l’amour, le spectacle des amants est une torture qu’ils nient en crachant dessus ou en s’en moquant. »

Lui est décrit comme jaloux, ambitieux, faible et qui rêve de célébrité, maltraitant sa femme et plagiant ses écrits. Au final, Gilles Leroy nous raconte leur histoire entre réel et fiction, on ne sait plus trop, mais on tombe fou de cette femme qui aura passé sa vie à chercher la lumière, à exister artistiquement et à se détacher de cet homme qui n’aura pas su l’aimer.

 

C’est tragique et brulant. Rythmé de mélancolie. La langueur du sud est omniprésente. Je suis outrée de cet homme grotesque et jaloux. Alabama Song est un chant tragique pour Zelda, une douleur que l’on partage, une terrible destinée qui nous prend et que l’on peut plus lâcher. Alabama Song est une envie de lire Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald, pour lire ses mots à elle, rien qu’à elle.

 

« On dit que ma folie nous a séparés. Je sais que c’est juste l’inverse : notre folie nous unissait. C’est la lucidité qui sépare. »

Par Ana-Joe
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Mardi 5 mai 2009

La littérature japonaise a décidément tout pour plaire aux romantiques. C’est un monde, à part, différent, et d’une sensualité exemplaire. Haruki Murakami est un auteur japonais reconnu pour sa poésie et pour ses écrits sensibles.

 

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil est un roman bouleversant. Universel. Et terriblement émouvant. On entre véritablement dans ce qui caractérise le mieux la littérature japonaise : le romantisme, la sensibilité, l’art des mots. Tout est pesé et mesuré. Tout est brodé et illustré. Je n’ai jamais ressenti ces choses là dans aucun autre courant littéraire. Les sentiments, la nature, la beauté et l’art sont tous en étroite harmonie : c’est un équilibre sensible et que l’on ne peut pas oublier.

«  Quand je te regarde, j’ai parfois l’impression de contempler une étoile lointaine. Une étoile très brillante, mais dont la lumière vient de milliers d’années-lumières d’ici. Peut-être que je contemple l’éclat d’un astre qui n’existe plus aujourd’hui, mais à mes yeux il est plus réel que n’importe quoi d’autre. »

 

Dans ce roman, on découvre la vie de Hajime à l’aube de ses quarante ans et qui va retrouver son amour de jeunesse Shimamoto-San alors qu’il s’est construit une vie tout ce qu’il y a de normale. Avec une femme qu’il aime et deux filles adorables, avec un travail qu’il aime et un équilibre de vie plutôt sain et structuré. Alors est-ce que cela résistera à leurs retrouvailles ?

«  Tout en continuant à rouler dans l’avenue Aoyama, je me dis que je ne devais ne jamais la revoir, ça pourrait bien me rendre fou. A l’instant où elle descendait de la voiture, il m’avait semblé que le monde, d’un coup, devenant vide. »

 

C’est une histoire d’amour, une histoire de vie, avec des sentiments à la force redoutable. C’est une remise en question, une quête de la vérité. Où trouver bonheur ? Quels choix faire ? Et si le temps avait raison des choses ? Et si la vie nous échappait ? Haruki Murakami a l’immense talent de révéler les sentiments les plus vrais qui soient. Il n’y a pas d’artifice ou de superflu. On est au plus proche de la vérité. On est ému, déchiré et adouci. C’est une histoire d’hommes et de femmes si bien écrite que je ne pourrai oublier la délicatesse et la fragilité de tous ces sentiments, et de « certaines pensées qui laissent des traces éternelles. » Je crois que c’est ce que cet auteur immense a réussi à faire.

Par Ana-Joe
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Jeudi 30 avril 2009

J’avais laissé le tome 1, pas très loin par , avec Jung à ses 13 ans. Et j’avais hâte de me replonger dans le tomer 2, avec une réserve en me disant est-ce que je vais retrouver cette même joie ? Et bien je le confirme, cette BD « autobio-graphique » est vraiment un bijou. Avec le tome 2 on explore davantage les questions de l’identité et des origines. Car là on est avec un Jung adolescent avec tout ce que cette période comprend de difficiles. Mes parents m’aiment-ils ? Et si je volais de mes propres ailes ? Comment plaire aux filles ? Quelles sont mes origines ?

 

Le second tome est donc plus profond et plus fragile encore. Les dessins sont toujours aussi beaux et d’une sensibilité épatante. On vit le départ de Jung de son foyer, on vit ses premiers émois sentimentaux, on évolue aussi avec lui sur son questionnement, sur le chemin de ses origines. On est de nouveau séduit inévitablement. Enfin à la fin, c’est Jung adulte qui s’adresse à nous et qui nous raconte comme le chemin est long et difficile pour un enfant adopté pour se trouver, pour se sentir aimé, pour se construire. Et puis on trouve des extraits de lettres que Jung  a reçu de la part de famille adoptive et d’adoptés. Elles sont touchantes et nous montrent que la BD a aussi un autre rôle que l’on ne montre pas assez : apprendre et accompagner.

Site de Jung ici.

Par Ana-Joe
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Mardi 28 avril 2009

Ceux qui ont aimé Big Fish aimeront Le Roi de la Pastèque.

 

Daniel Wallace a publié son premier roman Big Fish et sera adapté au cinéma par Tim Burton. Mon film préféré. Je n’ai pourtant pas lu le roman mais Wallace avait toute ma préférence. Alors impossible de ne pas lire son deuxième roman. J’espérais retrouver ce que j’avais aimé dans Big Fish, et c’est bien tout cela que j’ai lu : du mystère et du soleil brûlant, et aussi de la tendresse dans un rythme fantastique.

 

Une petite précision sur le titre…qui peut faire rire comme ça ! Le Roi de la Pastèque ? Une histoire drôle ou toute autre chose ? La ville d’Ashland n’est pas connue pour ses monuments mais pour l’élection du roi de la pastèque : ça peut être comme un manque de goût assez choquant surtout lorsqu’il s’agit de promouvoir le sexe à cette époque. Car, n’importe qui ne peut pas prétendre à être élu roi… Là tout de suite ça fait moins rire et ça intrigue un peu plus ! Vous voulez en savoir davantage ? Soyez curieux car c’est une découverte qui vaut le détour !

 

Bien, c’est l’histoire de Thomas Rider qui part à la recherche de son passé, de ses origines et qui va découvrir le rituel de cette élection assez étrange. Sa mère, Lucy Rider, a vécu très longtemps à Ashland alors, il décide de mener son enquête auprès de toutes les personnes qu’il rencontrera. Alors, chacun va raconter son histoire et surtout comment l’arrivée, oh combien remarquée, de Lucy Rider a chamboulé toute la ville. 

« Lucy Rider était une raison de vivre ou, du moins, tu sais, une raison de ne pas se tuer. De ne pas me tuer. De ne pas nous tuer. Quelquefois aussi, je me disais ça : « qu’est-ce que je manquerais si je mourais ? Quoi ? Le soleil, l’odeur du pain et … du café ? C’est sûr. » On pouvait faire la liste. J’ai fait ça, une liste de raisons de continuer, de tout ce qui valait la peine. Et Lucy Rider, elle était dedans. Elle aurait été sur pas mal de listes à Ashland […] elle aurait été parmi les raisons de vivre de beaucoup de gens parce que…oh, pour toutes sortes de choses. Même pour ses taches de rousseur. »

 

Comme dans Big Fish, la place de l’imaginaire est centrale. Et c’est bien cela qui m’a plu. Daniel Wallace nous emporte dans un voyage authentique, sous un soleil de plomb, avec toute la fraîcheur de ces personnes là. C’est toute une ville que l’on découvre avec ses personnages. Avec leur solitude, leur amour, leur peine, leur joie, et leur histoire. C’est un roman brutal, cru, mais aussi qui a la grande force de pouvoir nous intriguer, nous entrainer et nous faire voyager. C’est une quête dans laquelle les marais et les vieilles maisons chargées d’histoire ont un rôle, dans laquelle les clairs de lunes « éclaboussent » et dans laquelle chaque petite chose racontée est un monde fantastique.

« Tout va bien se passer. Pour toi, tout ira bien. Le problème Thomas, c’est les autres. Les autres gens… […] ils sont fermés. Le monde a tant de choses à leur offrir mais ils refusent de le voir. Tu sais pourquoi ? Parce qu’ils ont l’esprit petit. […] Tu vaux mieux que les gens des petites villes. Ils ont un passé ; c’est le problème, c’est ça qui les retient. C’est comme un mur qu’ils ne peuvent ni escalader ni contourner. Alors que toi, tout ce que tu as c’est l’avenir grand ouvert à l’horizon. Reste comme ça. Garde les yeux sur ce qui t’attend. Tu es jeune. Ne t’en fais pas pour ce qui est déjà arrivé, […] et vis ta vie. Ne deviens pas comme eux, Thomas. »

Par Ana-Joe
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Mercredi 15 avril 2009

Un très beau coup de cœur à partager avec le Tome 1 de la BD de Jung – site de l’auteur ici.


Si je peux inventer un mot, je dirais que cette BD serait une « autobio-graphique ». Jung nous dévoile son enfance et les tourments de l’adoption. Il est né à Séoul en Corée, et on découvre un petit garçon de 5 ans dès les premières pages livré à lui-même car très probablement abandonné par sa mère célibataire, ne pouvant pas subvenir à ses besoins dans une société où la femme est loin d’être l’égale de l’homme. Il est donc recueilli à l’orphelinat et sur sa fiche de présentation à l’adoption il est identifié comme « couleur de peau : miel ».

Il sera adopté par une famille belge avec 4 autres frères et sœurs avec qui il est très complice et avec qui des liens très forts vont se lier. Cependant l’ombre de la mère adoptive n’est pas très rassurante et lui fait vivre parfois des moments difficiles. Jung nous livre donc des moments intimes, des moments de vérité et des moments de doutes. La question de l’identité est omni-présente et la douleur de l’abandon persiste. Mais avec beaucoup d’humour aussi on découvre l’histoire de la Corée, l’histoire des milliers de jeunes coréens comme lui, l’histoire d’une quête difficile.


« Je savais bien que je n’étais pas japonais. Mais quand je me regardais dans un miroir, je ne me sentais pas belge non plus ! Je voyais un coréen. C’était inéluctable. Et ça ne me rappelait pas de bons souvenirs… »


Des thèmes comme le déracinement et l’identité se mêlent à des planches en noir et blanc. Jung raconte son histoire de manière naturelle et avec beaucoup de cœur et de convictions. Les souvenirs sont lourds et l’adoption n’est pas facile tous les jours. C’est même très complexe. J’ai terminé le premier tome lorsque Jung a 13 ans et avec l’envie de me précipiter sur le tome 2 à la quête de ses origines. C’est une « autobio-graphique » à voir pour les dessins d’une beauté étonnante parfois et à lire pour le récit sensible où l’on apprend aussi quelque chose.

 

Par Ana-Joe
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Samedi 11 avril 2009

Pour lire la vision du couple et de la famille côté psychologie c'est ici, côté roman c'est ici, et côté film c'est . La suite est un roman et c'est tout de suite...

Roman - Le journal d’une voisine – Doris Lessing

Et si l’on n’a pas l’amour ? Et si l’on n’a pas la famille ? Et si l’on ne rentre dans aucun de ces schémas ? Et si c’était tout autrement pour nous ? Est-ce pour autant que rien d’autre n’est possible ?

Dans Le journal d’une voisine de Doris Lessing, on découvre une autre façon d’envisager la famille. Jane Somers est une femme d’âge mûr, rédactrice en chef d’un magazine féminin londonien. Suite aux décès de son époux et de sa mère, elle va prendre conscience de ce qu’elle est, de ce qu’elle a fait de sa vie, et de qui elle est devenue. Elle va rencontrer Maudie Fowler, une vieille dame, solitaire, têtue et malade. Et lorsque deux mondes si différents se rencontrent, on s’intéresse à autre chose qu’à ses propres tracas, à ses petits bobos comme à ses plus grandes douleurs. C’est l’histoire délicate et sensible de ces deux femmes qui vont se confronter à autre chose et vivre une drôle de relation.

« J’ai réglé mon pas sur le sien et suis sortie avec elle de la pharmacie. Arrivée sur le trottoir, elle ne m’a pas regardée, mais l’appel était manifeste. Je marchais à côté d’elle, c’était difficile de marcher si lentement. Habituellement, je cours, mais je ne m’en étais jamais rendu compte. Elle faisait un pas, s’arrêtait, examinait le trottoir, puis faisait un autre pas. Je me disais que tous les jours je filais sur ces trottoirs sans avoir jamais vu Mrs Fowler qui, pourtant, habitait près de chez moi ; et, tout d’un coup, je me suis mise à observer les rues, et j’ai vu les vieilles femmes. Il y avait aussi des hommes âgés, mais surtout des vieilles femmes qui déambulaient lentement, qui se tenaient debout deux par deux ou par petits groupes pour bavarder, ou assises sur un banc au coin de la rue sous le platane. Je ne les avais jamais vues. C’est parce que j’avais peur de leur ressembler. »

Les liens qui se nouent entre les deux femmes sont émouvants et bouleversants : sorte d’apprivoisement mutuel qui va révéler à l’une et l’autre des choses intimes et qui nous touchent inévitablement. C’est un tableau intime qui nous pousse à réfléchir sur la vieillesse et sur notre impitoyable société qui la rejette. C’est aussi un récit émouvant sur le rôle d’une famille liée par le sang et d’une autre famille, sans lien du sang, dans l’accompagnement de ses propres. Ici il est question de vieillir et de mourir, d’être là, de vivre, de partager, d’accompagner avec dignité. Jusqu’au bout.

 «  A quoi bon ? Cela faisait des années qu’ils avaient rayé Maudie de leur vie et de leur conscience. Sa sœur (qui continuait à pleurer bruyamment tandis que la terre s’amoncelait dans la tombe), incapable de justifier la façon dont elle avait tour à tour utilisé et rejeté Maudie, avait décrété qu’elle était « impossible » - pour telle ou telle raison - ; c’est ainsi que la famille avait été en mesure de l’oublier. Je regardais ces visages mal à l’aise et vraiment stupides, et décidai de ne plus me soucier d’eux. »

Parce qu’il existe aussi des liens inexplicables, au-delà de celui créé par le sang, entre les personnes. Des liens qui contribuent à former une famille que l’on choisirait un peu. Une aide. Un soutien. Un cocon. Ces personnes qui vous font du bien et avec qui les liens sont tout aussi forts, voire plus forts parfois. Alors, certes il y a des modèles, des schémas, de nouveaux foyers, et puis il y a aussi une multitude de liens qui nous relient aux autres, qui nous rapprochent et qui nous entrainent. La vie peut surprendre et nous ne savons pas combien de temps elle va durer, alors il y a des liens essentiels qui peuvent exister de façons multiples, pour se laisser bousculer, jusqu’au bout.

Pour en savoir plus : En 1984, Doris Lessing a révélé avoir écrit deux romans sous le pseudonyme de Jane Somers : Journal d’une voisine et Si vieillesse pouvait. Elle a eu le Prix Nobel de littérature en 2007 : http://www.lexpress.fr/culture/doris-lessing-prix-nobel-de-litterature_467161.html

Par Ana-Joe
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