Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /Avr /2010 10:00

La première partie ici, et la seconde partie .

Mais aujourd’hui, j’ai mieux compris à quoi il me servait. 

[...] Avoir du cœur, c’est adoucir les choses. C’est faire vibrer les vivants et ne pas en avoir te fera crever. Il bat toujours pour parfois s'enflammer, exagérer. Il apaise aussi et il fait rêver. Il donne les couleurs à tous nos sens. Il sublime les hommes et sentimentalise les femmes. Il s'emballe. Il a mal. Il se brise aussi parfois. Il a très mal. Mais il bat toujours. Il bat pour rien, pour vivre, pour tout. Il bat pour ce qu'on voit, pour ce qu'on goûte, pour ce qu'on entend, pour ce qu'on vit tous les jours. Il bat. Et ce que je préfère c'est lorsqu'il s'envole pour les autres, pour Les Gouaches, pour ma famille. Parce que ce sont les autres qui m’ont le plus fait avancer. Je ne vivrais plus jamais sans mon cœur parce qu’il me fait partager le meilleur avec les autres, et il me fait supporter le pire aussi mais je sais qu’il me guidera toujours au mieux dans les pires des cas. Je veux rester rouge pour toujours, je suis prêt à vivre ce que la vie me réserve et je suis surtout debout, fier de moi, et fier de ma foutue peau que je vais avoir à traîner pendant encore quelques temps.

 

J’avais toujours refusé de grandir à cause de tout ça. J’ai repoussé le plus possible le moment où il fallait être un peu adulte et responsable. Et puis avec mon corps rouge, il me fallait être différent. Je ne pouvais pas être assis bien tranquillement derrière un bureau, à répondre au téléphone. Alors j’ai choisi de trouver un métier bien à moi. Un métier qui me corresponde. Parce que les gens me regardaient, et parce qu’ils se retournaient toujours sur mon passage. Dans une salle d’attente, dans la rue, sur les bancs d’école, dans les lieux publics. Alors ces autres là, ils me fascinaient et j’avais envie de leur parler, de les interpeler, de les faire rire aussi, de leur sourire, de les provoquer aussi parfois. Alors jusqu’à 30 ans je suis resté enfant, étudiant, en contrat d’apprentissage. Et une fois que j’ai estimé avoir appris ce qu’il me fallait pour à mon tour apprendre aux autres, je suis allé voir une agence d’intérim et j’ai cherché. J’ai cherché des jours entiers. Je trouvais beaucoup d’offres, à durée déterminée, à salaire très déterminé aussi. Mais rien ne me plaisait. Alors on m’a traité de fainéant, d’incapable, de différent. Encore une fois j’étais différent. Mais là ce n’était pas un compliment. Et le jour où l’on m’a parlé d’handicap j’ai ri aux larmes et je suis devenu rouge de couleur. Enfin ça ne s’est pas vu certes, mais mon sang lui je le sentais au bout de mes doigts, à cette époque encore blancs. Mais on ne m’avait pas appris à baisser les bras. Pas à cause de paroles.

 

Je suis retourné à l’agence d’intérim. Le lendemain encore aussi. Le surlendemain. Et encore et encore. Et après quelques jours de recherches approfondies, je découvris cette offre :

Recherche homme ou femme pour occuper le poste d’altruiste. Plusieurs années d’expériences joyeuses et malheureuses requises. Rémunération sentimentale à négocier.

A cet instant, mes doigts venaient d’être enveloppés de cette peau rouge qui me rendait bel et bien différent, mais surtout définitivement vivant. Je pris l’offre, et fit signe à la conseillère. Elle n’a pas tout de suite compris mais je suis sorti de cette agence le cœur remplit de joie et avec la ferme conviction que j’allais pouvoir donner à ma vie une autre dimension, une autre couleur.

 

C’est donc à 34 ans que je commençais à donner aux autres. Car ma mère m’avait appris une chose, une seule et belle chose : « si tu veux aimer et être aimé il faut donner ». Donner aux autres, finalement c’est que j’avais toujours un peu fait, mais de là à en faire mon métier, je n’y avais pas pensé une seule seconde. Ma carte de visite était certainement la plus unique qui soit : rouge, ronde et avec une phrase « Altruiste, et vous ? ».  J’en étais fier. Ma famille et les Gouaches aussi. Là a commencé une autre vie pour moi. La moitié de mon corps était encore blanc, encore pur, encore « normal ». L’autre rouge bien sûr vous l’avez compris. J’ai commencé par du porte à porte, par accoster les gens dans la rue, ou tout simplement j’ai attendu de croiser le regard surpris du premier passant et je parlais de mon travail, de ce que je vendrais, de ce que j’avais à donner, de ce que je voulais offrir, sans condition d’achat, sans contrat, sans forme, sans livraison, sans supplément, sans taxe, sans garantie, sans rien d’autre que ce que j’avais dans le cœur. Alors inutile de préciser que j’ai vu le meilleur comme le pire dans les yeux des gens : la peur, l’enthousiasme, la surprise, la moquerie, l’indifférence. Il y a eu des jours atroces comme des jours de miracle.

 

 

Et il y a surtout eu ce jour, ce premier mardi du mois d’octobre, à 10 heures. J’étais très loin de la salle d’attente qui m’avait horrifié étant petit. Mardi d’octobre, il faisait un froid terrible. Un froid à geler la peau. Un froid à vous faire grelotter sur place. Mais c’était mardi, ce mardi d’octobre à 10 heures. Cela faisait quelques jours que ma partie blanche luttait contre le rouge sans que ni l’une ni l’autre ne gagne. Et là, dans une des nombreuses rafales de vent qu’il y avait par moment, il se posa devant moi une chose unique, une chose vivante. Une chose chaude et attirante. C’était un mardi d’octobre 10 heures. Elle était toute rousse. Et elle aussi avait des tâches, des tâches de rousseur qui lui couvraient tout le visage, le nez, les yeux. Et j’ai découvert bien plus tard, qu’elle en avait partout sur son corps des tâches de rousseur. Une fée rousse. Une fée un mardi d’octobre à 10 heures. Et ce jour là, à cette heure là, j’ai tout arrêté. J’ai arrêté de prétendre tout savoir sur les autres, j’ai arrêté de croire en Dieu, j’ai arrêté de sortir de beaux et merveilleux discours. Et surtout, ma partie rouge a immédiatement embrassé à pleine bouche ma partie blanche. Et c’est à partir de ce jour là, que mon corps tout entier, malgré le froid, est devenu brûlant, rouge de passion, et seule ma tête se garda d’être froide et encore blanche. J’avais certes la raison bien au frais, mais mon cœur, mon corps et tous mes membres étaient rouges de plaisir, rouges de folie et rouges d’amour pour cette fée rousse. Entièrement rousse. Car c’était ça la clé de tout : mon cœur battait, et ce que je vivais il le montrait aux yeux de tous : à chaque bonheur ou à chaque drame je devenais un peu plus rouge. Et en voyant cette petite fée rousse, il s’est laissé submerger par tout l’amour et il s’est arrêté à l’espace vital de ma raison. Cette marque rouge que j’ai eue à ma naissance était le baromètre de mon cœur. Ma tête et ma raison n’ont jamais rivalisé avec lui et sont restées blanches, justes là, quand il faut.

 

En ce mardi d’octobre 10 heures, j’ai enfin tout compris au sens de ma vie et au sens de mes sentiments. J’ai compris qu’il m’avait manqué le plus essentiel : ses yeux dans les miens, sa main dans la mienne et sa bouche contre la mienne. C’était dans ses yeux remplis de paillettes que je me sentais le plus beau. C’était sa main toute chaude qui serrait le mieux la mienne. C’était sa bouche qui sucrait le mieux la mienne. Ce mardi d’octobre à 10 heures, j’ai découvert le plus essentiel. Notre mélange était plus fort qu’une sauce piquante. Notre alliance était plus incroyable qu’un macaron à la rose. Notre union était plus enivrante que le meilleur vin jamais goûté.

 

Je m’appelle Rouge, et je suis tombé amoureux d’une fée Rousse.

Par Ana-Joe - Publié dans : Histoires courtes à partager
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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /Avr /2010 10:00

anneRésumé : Quel rapport entre une femme qui empoisonne ses maris successifs et un Président de la République amoureux ? Qu’est-ce qui rapproche un tueur en série d’une mère cherchant qui a reçu le cœur de son fils accidenté ? Quel lien entre un simple marin honnête et un escroc international vendant des bondieuseries usinées en Chine ?    
Quatre histoires liées entre elles. Quatre histoires qui traversent l’ordinaire et l’extraordinaire de toute vie. Quatre histoires qui creusent cette question : sommes-nous livres ou subissons-nous un destin ? Pouvons-nous changer ?

 

Ces quatre nouvelles ont toute pour lien commun celui de nos choix qui font notre vie. Les heureux comme les plus malheureux. Alors je n’avais pas réussi à reprendre un livre depuis La Poursuite du Bonheur de Douglas Kennedy, alors lorsque le dernier Eric-Emmanuel Schmitt est sorti j’étais sûre que je pourrais reprendre la lecture. Ses nouvelles sont toutes d’une grande justesse et chacune apporte sa nouveauté. Trop en dire dénaturerait le merveilleux travail de cet auteur unique. Une perle termine la fin du roman : le journal d’écriture. Unique.

 

  

 

 « On ne change pas, on s’approfondit ». Marguerite Yourcenar.

 

 

 

 

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Samedi 10 avril 2010 6 10 /04 /Avr /2010 10:00

La première partie ici.

Laissez moi vous expliquer toute l’histoire de cette couleur.

 

[...] Alors oui j’ai arrêté de grandir. J’ai continué à faire du sport. A m’alimenter de la même manière, à dormir, à m’amuser, bref j’ai continué à vivre à chaque instant. J’ai continué aussi à apprendre, à tester, à essayer. J’en ai fait des bêtises avec ma bande de Gouaches. On en a dragué des filles. On en a fait du bruit en cours. On en a réalisé des paris. On en a fait des concerts. On en a fait pleurer plus d’un à la cour de récré. On en a fait voir de toutes les couleurs à nos parents. On en a fait des vacances au camping. On en a vu des filles. On en a aimé plus d’une aussi. On en a pleuré aussi certaines. Et puis il y a eu tous ces drames qu’on a vécu toujours ensemble avec les Gouaches. Moins graves comme d’autres plus difficiles. On a connu la mort. On a ressenti de la peur. On a fumé et bu, beaucoup trop parfois au point de finir aux urgences, cons comme on a pu être. On a de nouveau vécu la mort, celle-ci impossible à accepter. Et ça il n’y a rien de pire comme chose. Ultime chose, certes, mais la pire. Et là il n’était plus question d’être homme ou pas, on était hors de nous. On a pleuré beaucoup. Parce qu’il y a des choses que l’on ne prévoit pas. Et d’avoir perdu une vie si chère, c’est pire que tout. Ca déchire. Surtout lorsque l’on n’y pouvait rien. Alors oui j’ai continué à vivre, à grandir et à apprendre que la vie n’est pas toujours rose, rouge, ou blanche mais parfois aussi noire, grise et entachée. Je me suis détesté aussi à plusieurs reprises. Incapable de faire un choix. Je me privais de beaucoup de choses. J’ai toujours refusé de croire que certaines choses pouvaient être possibles. Je laissais les autres faire. J’étais las. Passif. Triste.

 

Alors j’en suis arrivé à un moment à croire, et pendant très longtemps, que mon cœur me pourrissait la vie. Parce que c’était lui qui nous faisait vivre et lui qui nous faisait mourir. Et qu’il était égoïste notre cœur. Egoïste. Je me suis détesté d’avoir aimé certaines femmes, et surtout de ne pas avoir aimé les bonnes. De ne pas avoir pu les rendre heureuses. J’ai trouvé la vie injuste. Injuste de faire mourir les meilleurs êtres qui soient. Injuste d’exclure certaines personnes. Injuste de réduire les gens à des couleurs de peau. Injuste de me faire traiter de tous les noms d’oiseaux. Oui j’ai détesté la vie. Et j’ai surtout eu peur de la mort. Cette chose qui arrivera un jour ou l’autre, à mes tous proches, à mes Gouaches, à mes enfants, à la femme que j’aime, à moi. J’ai rêvé de nombreuses nuits de pouvoir mourir avant eux tous, pour ne pas connaître cette peine, leur manque, leur absence. C’est si dur à affronter seul.

 

Alors je suis tombé bien bas pendant un moment ; j’ai pensé que mon cœur avait fait saigner ma peau, qu’il m’entachait progressivement, et qu’il voulait atteindre ma raison. C’était devenu un voile bien trop voyant maintenant. Je ne voyais plus que ça, et je ne voyais plus que le mal qu’il représentait. Mon cœur m’avait fait naître ainsi, et il me rendait malheureux, bien trop sensible, bien trop fragile.

Alors, un jour, j'ai décidé de vivre sans sentiment. Pour voir. Pour mieux vivre surtout. Parce que j’en étais arrivé à redouter ce que la vie allait pouvoir me faire découvrir comme chose horrible et je n’étais plus très sûr d’avoir la force en moi pour les supporter, pour les endurer et pour les digérer.

Je m’appelle Rouge, cela fait des années que j’ai 20 ans et que je n’avance plus, alors j’ai décidé de me retirer le cœur. Lourde opération. J’étais donc privé de pulsations et autant dire que ma poitrine n’était plus seulement rouge mais écarlate. Il me fallut vivre et faire autrement qu'avant. Goûter, toucher, regarder. Ma langue me démangeait, mes mains me brûlaient et mes yeux s'écarquillaient. Quant à mon ouïe elle ne fut jamais autant développée et il m'arrivait d'écouter en boucle cette même chanson jusqu'à ce que j'en pleure d'émotion. Mon coeur était donc déchiré, mes yeux en larmes, mes oreilles en émerveille, mes doigts en feu et mes papilles en demande. J'ai essayé de vivre quelques temps comme ça, sans coeur et sans sentiment. Seuls mes sens travaillaient. Mon corps était de plus en plus rouge et mon visage me semblait immense et mes mains étaient continuellement trempées. Alors j'ai goûté à toutes ces choses a-sentimentales. J'ai joué tous les jours pour oublier que la vie pouvait être injuste et pour ne plus être responsable de quoi que ce soit. Mes verbes favoris étaient tester, goûter, expérimenter. Pour voir comment j'étais sans coeur. J'étais autre. Plus froid, plus direct mais toujours aussi rouge. Sans état d'âme. Je fonçais, guidé par l'unique plaisir de la vie.

Et puis un jour ma poitrine ne saignait plus. Comme si le débit s’était arrêté. Comme si c’était un signe qu’il fallait arrêter le jeu. C’était tout simplement terminé. « Tu as vu, alors maintenant, reviens à la raison. »

J'ai réimplanté mon cœur sans oublier les raccordements, les rabibochages, les branchements. Au début j'ai eu mal, mal, mal. Mais aujourd'hui j'ai bien mieux compris pourquoi mon coeur m'avait fait mal, pourquoi on l'avait quitté, pourquoi on n'en voulait plus, et surtout, je sais à quoi il me sert et pourquoi il peut plaire. J’ai détesté mon cœur parce qu’il me faisait souffrir, et je l’ai rendu responsable de tout le malheur du monde. Mais aujourd’hui, j’ai mieux compris à quoi il me servait.                

 

à suivre...

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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 10:00

Il y a des lieux qui vous laissent sans voix. Il y a des lieux dont la richesse est infinie. Il y a des découvertes quotidiennes. Il y a des engagements à montrer et à applaudir. Et il y a ce site internet, qui rassemble tout cela, celui du mécénat du Louvre. Cliquez sur l'image et découvrez par vous-mêmes.

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Mardi 6 avril 2010 2 06 /04 /Avr /2010 10:00

Je suis né avec une tâche rouge sur le cœur. Une tâche, sans forme évidente. Rouge. La même couleur que celle qui sort directement des tubes de gouaches. Alors petit j’écoutais ma mère me dire que c’était la marque d’un ange. Cet ange m’aurait laissé cette marque parce que j’étais un enfant unique. Et que c’était mon signe de reconnaissance. Alors j’ai vécu toute mon enfance avec en tête cette sorte de pouvoir magique et physique. J’étais unique. J’étais identifiable. Un ange m’avait en quelque sorte choisi parmi tous les autres enfants, et j’étais là sur terre, marqué d’une tâche rouge. Cet ange là m’avait donné la possibilité d’être unique. Et puis plus je grandissais, et plus elle s’agrandissait ma tâche rouge. Etrange. Comme de l’encre qui se propage. Comme si ma particularité devait s’étaler et se prolonger. Et par un phénomène étrange, elle remontait vers mon cou : de mon cœur, elle passait sur ma poitrine et s’en allait vers mon cou, comme pour l’entourer.

 

Alors voilà, depuis ma naissance j’ai un autre prénom : je m’appelle Rouge.

 

J’ai vécu avec cette tâche qui cherchait vraisemblablement à se construire un royaume, un territoire. Et plus je grandissais, plus elle avançait aussi. Alors vous imaginez bien que mes parents étaient inquiets, car leur histoire d’ange merveilleux avait moins de sens. Je les ai souvent surpris à parler de ma tâche en mon absence, c’était un de ces sujets où les enfants ne doivent pas être là. Alors un jour, ma mère m’emmena chez le médecin, soit disant pour un simple contrôle. Contrôle de ma tâche, plus précisément. Contrôle qui s’est avéré être mensuel. Alors c’était rentré dans mes habitudes. J’allais après l’école tous les mardis de chaque mois dans cette fichue salle d’attente, qui sentait le moisi. Je posais mon cartable à mes pieds et je ne bougeais plus. Je n’aimais pas cet endroit, bien trop calme où les personnes étaient là à attendre, à regarder discrètement les uns et les autres, tout en essayant de deviner pourquoi ils étaient là à attendre eux aussi. Je n’aimais pas leur regard qui partait du bas de mon cou à mes yeux, du bas de mon cou à mes yeux ; comme s’ils cherchaient une explication. Ce va-et-vient m’agaçait. Et cette odeur de moisi qui me tuait le nez tous les mardis de chaque mois. Je n’avais qu’une envie, reprendre mon cartable sur le dos et filer en courant. Surtout que je connaissais par cœur le discours du médecin : il allait me demander si tout allait bien depuis le mois dernier, si la « marque cutanée » avait évolué. Et mon discours était lui tout aussi le même, je lui répondais que oui j’allais bien et que oui « ma tâche » avait grandi un peu. Venait ensuite l’examination et toujours la même conclusion : « bon et bien on se revoit le mois prochain et continue à bien passer ta pommade tous les soirs. Et puis, dis bien à ta mère que la « marque cutanée » se stoppera à la fin de ta croissance. »

Comme si l’invasion allait s’arrêter comme ça ! Moi seul était persuadé qu’il y avait une autre raison à tout ça, qui dépassait bien le médical ou la dermatologie. Alors on a attendu que j’arrête de grandir. Difficile lorsque l’on est un grand gaillard comme moi. J’étais Rouge, grand et sportif. Et puis en soi, elle ne me gênait pas plus que ça ma tâche. Tâche de naissance qui a fait de moi une tête de turc à l’école primaire, un animal de foire au collège et un chef de bande au lycée. Alors j’avais des amis : blancs, noirs, caramels. A nous tous nous formions une drôle de palette de couleurs ! Inévitablement, on nous avait appelé les Gouaches. On était uni comme les doigts de la main. Les Gouaches. Et on s’appelait par nos couleurs bien sûr. Pseudonymes faciles à deviner ! Nous étions quatre et du jour où nous avions formé Les Gouaches, nous ne nous sommes plus jamais quittés. Même après les années lycée et malgré la distance, nous nous sommes toujours retrouvés : comme si nos différences nous avaient à jamais mélanger pour donner cette grande uniformité. Blanc était le timide, Noir était le rêveur, Caramel était le mélomane et moi, Rouge, j’étais le meneur. Nous formions une drôle de bande certes, mais qu’est-ce que nous étions heureux !

 

Et puis vint le jour où ma croissance se stoppa, nette et précise. Ma mère s’empressait toujours de noter ma taille dans le carnet de santé. Et lorsqu’elle se rendit compte que cela faisait un bon moment que je n’avais pas pris un centimètre, elle se précipita au téléphone pour un dernier rendez-vous chez le médecin. Et le même film reprenait : la salle d’attente, les regards suspicieux, et l’odeur de moisi. Lors de ce, soi-disant, ultime examen médical, on mesura encore, on observa encore, on schématisa encore et on conclut…encore, qu’il fallait toujours et encore surveiller. Quelle ne fut pas la déception de ma mère ! Et pour moi cela signifiait que cela n’allait pas être la dernière attente dans cette fichue salle.

 

 

Je m’appelle Rouge, j’ai bientôt 60 ans et j’ai le corps presque entièrement rouge. Seul mon front est resté blanc. Le reste de mon corps est rouge, et on ne distingue plus la tâche d’origine que j’avais à ma naissance. On distingue plutôt la seule tâche blanche de mon front. Alors vous allez me dire que soit l’ange n’a vraiment pas été très aimable pendant le reste de ma vie soit que c’est bel et bien une maladie de peau. Car oui, soyez-en sûrs, j’en ai entendu des choses à mon sujet. Que c’était une marque du diable. Que c’était un cancer de la peau. Que c’était une inflammation cutanée ponctuée par le vieillissement de molécules aux noms des plus barbares. Que c’était une irritation, une érosion. Bref des sottises. Il n’y a que moi qui le sache vraiment ce que c’est. Ce que cette tâche immense est. Et pourquoi elle a réussi à envahir tout mon corps. Et cela va faire maintenant 25 ans que seul mon front n’est pas touché, il est épargné et je crois qu’il le sera jusqu’à la fin de mes jours. La fin de ma croissance n’a rien stoppé, les pommades miracles n’ont rien estompé, et les séances d’acupunctures n’ont en rien fait disparaître le rouge. Cela fait 25 ans que tout s’est arrêté. Comme ça, et moi seul savait quand tout cela allait effectivement s’arrêter. Je m’appelle Rouge et j’en suis très fier. Laissez moi vous expliquer toute l’histoire de cette couleur.

 

à suivre...

Par Ana-Joe - Publié dans : Histoires courtes à partager
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Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 21:24

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On a tous lu ce conte lorsque l’on était enfant : la potion « buvez-moi » qui fait rapeticer, le gâteau qui fait grandir, le lapin et sa montre, le chat qui vole, la chenille qui fume, le chapelier fou, la dame de pique qui veut couper la tête de tous ses opposants…tous ces personnages plus incroyables les uns que les autres devaient forcément croiser le chemin du fantastique Tim Burton. Alors c’est forcément avec le plus grand plaisir que l’on regarde cette version ! Les couleurs sont irréelles et la version 3D nous aide encore plus à suivre Alice au fil de ses aventures. 

 

C’est unique, incroyable et onirique. On aime ou pas, mais ceux qui aiment l’imaginaire et Tim Burton ne lâcheront pas une minute de ce film. Alors certes, il y a quelques écarts avec le conte de Lewis Carroll mais j’approuve cette version unique et la griffe Burton sublime le conte initial ; quant à Johnny Depp, il est inoubliable.  

 

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  Il faut vite avoir le livre dans sa bibliothèque (si ce n’est déjà fait) et voir ce film de toute urgence : l’imagination est le meilleur exutoire du monde !

     

 

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Mercredi 31 mars 2010 3 31 /03 /Mars /2010 23:41

Dis-moi que tu seras tendre, attentionné et fou de moi. Dis-moi que tu es courageux et fier de faire ta vie comme tu l’entends. Dis-moi que tu sais ce que tu veux et ce que tu ne veux pas. Dis-moi que tu n’as pas peur des risques si je suis avec toi. Dis-moi que tu partageras tout avec moi et que les tabou n’existeront pas. Dis-moi que tu me soutiendras. Que tu seras fière de moi. Dis-moi que tu me diras toujours ce que tu penses même si nous ne sommes pas d’accord. Dis-moi que tu ne me diras jamais « manger bien, couche toi tôt et ça ira mieux demain ». Dis-moi que tu accepteras mon double de clés. Dis-moi que tu n’attendras pas 3 mois pour faire ce que tu dis. Dis-moi qu’on partira en vacances comme tu me l’avais promis. Dis-moi que tu n’hésites pas. Dis-moi que tu es plus fort que moi. Dis-moi que tu rêves de moi toutes les nuits. Dis-moi que tu veux être avec moi à chaque instant. Dis-moi que tu souhaites que je porte ton nom. Dis-moi que tu n’as pas d’enfants d’une autre femme. Dis-moi que tu ne partages pas ton toit avec une autre. Dis-moi que j’aurais confiance en toi. Dis-moi que j’aurai plus confiance en moi avec toi. Dis-moi que c’est grave de ne pas se voir les week end. Dis-moi que l’on se verra même si ma sœur est chez moi. Dis-moi que c’est cruel de me laisser seule lorsque ça ne va pas. Dis-moi que tu veux avoir tes enfants avec moi parce qu’on s’aime et non pas parce qu’il est question « d’horloge biologique ». Dis-moi que je suis belle et que je te plais. Dis-moi que tu te trouves unique avec moi. Dis-moi que tu es bien avec moi, comme avec personne. Dis-moi qu’on vivra ensemble. Dis-moi que tu me présenteras à tes parents. Dis-moi que tu serais heureux de rencontrer mes parents. Dis-moi que tu t’intéresseras à ce qui m’est cher. Dis-moi que tu ne me mettras pas en périphérie de ta vie. Dis-moi qu’on ne fera pas tout comme je veux. Dis-moi que tu ne t’oublieras pas. Dis-moi que tu ne viendras pas chez moi totalement alcoolisé. Dis-moi que je ne pleurerais plus. Dis-moi qu’on ne s’ennuiera pas. Dis-moi que tu m’aimeras chaque jour et chaque nuit. Dis-moi que tu ne seras pas comme ça. Dis-moi comment ça devrait être.

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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 10:00
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Résumé : Quand Éléonore lègue à Natanaël le contenu de sa bibliothèque, le petit garçon est loin d'imaginer que tous ces livres renferment le plus incroyable des secrets... Bientôt Alice, Pinocchio, le capitaine Crochet et tous les héros de ses contes préférés prennent vie autour de lui. Ils sont menacés par une terrible malédiction, et seul Natanaël peut les sauver. Commence alors pour le garçon une folle course contre la montre pour délivrer ses nouveaux amis.  

J’adore faire un tour du côté des livres pour enfants. Et je suis tombée amoureuse à plusieurs reprises de la talentueuse Rebecca Dautremer (allez voir son site ici absolument si vous n’avez pas encore feuilleté ses livres). En décembre, était sorti au cinéma le conte pour Noël « Kérity et la maison des contes » ; qui était passé inaperçu par rapport à un « Arthur et les minimoys 2 ». Bien dommage. Et le mois dernier on peut trouver le livre, issu du film. Un bijou. Les dessins sont absolument magnifiques, d’un réalisme saisissant et l’histoire est incroyablement merveilleuse. Voici un conte comme on les aime ; où il est question d’imagination, de courage. Et grâce aux livres l'incroyable devient possible ! Dans notre monde où les choses ont évolué vite, il est bon de tomber sur ce genre d’histoire. C’est un livre pour les petits et pour les grands. A conserver toute une vie et à transmettre.

 

« Il y a quelque chose qui réunit les hommes, c’est que jamais personne ne peut vivre sur cette terre sans rêve ».

Site officiel du film ici.


 


Kérity, la Maison des Contes
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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 10:00
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L'histoire: Un homme, Pierre, d’une soixantaine d’années, dans une maison de campagne, seul avec sa belle fille, Chloé, que son propre fils à lui vient de quitter. Mille morceaux éparpillés. Que Pierre va tenter de recoller…

 

Patrice Leconte a adapté au théâtre le roman de Anna Gavalda ; avec Gérard Darmon dans le rôle du père pudique et mystérieux. La mise en scène est rythmée par cette mélodie au piano qui nous plonge déjà dans une ambiance pesante, toute en retenue, mais qui nous révèle de profonds malaises. La première partie s’axe sur le malaise de sa belle-fille, c’est pesant, froid, paralysé. Pierre tente de lui venir en aide, mais souvent en vain. La seconde partie met en lumière l’amour que Pierre a touché du doigt. Entre Pierre et Chloé, ce sont des contrastes évidents, des sentiments tout en retenus, le chaud et le froid, des non-dits étouffants.

 

Cette histoire m’a parlé. Cette histoire m’a touché. Le talent de Gérard Darmon m’a bouleversé. Cette histoire est dure, violente, blessante. Mais il y a beaucoup à retenir. Mes larmes je n’ai pas réussi à les retenir c’était couru d’avance ! Mais j’aurais voulu crier ma haine avec Chloé, secouer Pierre qui n’a pas su retenir son bonheur sous prétexte de principe, et prévenir Mathilde de ne rien espérer davantage malgré son amour inconditionnel. C’est tragique le bonheur parfois : cette patience inouïe et cette douleur profonde que finalement porte au fond de soi.  C’est injuste l’amour.

 

Gérard Darmon est extraordinaire. Remarquable. On le déteste au début tellement sa retenue nous glace et nous agace ; mais au fur et à mesure, il livre ses faiblesses et ses regrets et nous aimons le voir ému et sensible. Bravo pour toutes ces émotions et pour cet électrochoc.



Gérard Darmon, france-info, 04 02 2010

 

 

Au théâtre de l’Atelier

Avec : Gérard Darmon, Irène Jacob et Noémie Kocher.

Site du théâtre.




Par Ana-Joe - Publié dans : Spectacles à partager
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 10:00

Ce matin sur le chemin j’ai vu un bouquet de roses dans une poubelle publique.

 

Elles avaient été mises à la poubelle. Elles étaient encore dans le papier transparent agrafé et noué aux bouts des tiges par un lacet blanc. On avait dû les jeter là. Ca ne pouvait pas être une erreur. Ca doit être volontaire : on ne jette dans un bouquet entier de roses rouges. Qui a pu faire ça ? C’est terrible de jeter ces belles roses. Elles étaient couleur velours en plus. Tellement profondes. Si amoureuses. Cela devait être une femme qui avait dû les jeter. Mais pourquoi ? Pourquoi une femme jetterait toutes ces roses ? Pourquoi ? Cette femme ne sait-elle donc pas voir la chance, l’amour, la beauté de ces fleurs là ?

 

Un homme avait dû les lui offrir. Un homme amoureux. C’est obligé. Ces fleurs là ce sont des fleurs d’amour. Il avait dû lui offrir un soir à la sortie d’une dure journée de travail, ou peut être il les avait déposé sur le palier pour qu’elle en ait la surprise. Quelle chance ! Mais elle alors pourquoi les avoir reçues si mal ? Elle avait dû rentrer tard de son travail. Très tard. Et les avaient trouvées sur son palier, après avoir monté les marches péniblement tellement le moindre effort était dur pour elle en ce moment. Et lorsqu’elle a vu le bouquet, elle a dû avoir le cœur serré et les larmes lui montaient. Car ce n’était pas une agréable surprise. C’était une habitude. Il devait certainement agir toujours ainsi après leurs disputes. Et là ça a dû être une plus grosse dispute. Une cassure. Elle a dû être lassée et épuisée d’attendre. Alors elle l’avait peut être quitté. Fatiguée et abîmée. Alors les roses, à sa porte, c’était plus de la peine qu’une surprise. Alors elle a dû rentrer chez elle, les déposer sur la table après les avoir trouvées belles mais inutiles. C’était la première fois qu’elle disait ça d’un bouquet de roses. Et elle espère que ce sera la dernière fois. C’est triste des roses dans ce contexte. Et ce matin elle a dû les déposer là dans cette poubelle publique après avoir longtemps réfléchi et séché ses larmes. Déposer les roses, comme dans une tombe. Déposer les roses, comme un prospectus. Déposer les roses, comme un mouchoir trop usager.

 

Alors les roses vont faner aujourd’hui. Puis être emportées par le « camion poubelle ». Pour finir avec les poubelles de tout le monde. C’est déchirant. C’est ainsi. Elle doit vraiment être très en colère et très déçue pour avoir destiné ces roses à ça.

 

Ce matin sur le chemin j’ai vu un bouquet de roses dans une poubelle publique.

Et j’en avais encore les larmes aux yeux de savoir ce qu’elles ne représentaient plus.

Par Ana-Joe - Publié dans : Histoires courtes à partager
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