Dimanche 19 juillet 2009

Il y a des moments où l'on ressent moins le besoin de mettre à plat, d'écrire, d'argumenter. C'est parce qu'il y a aussi tous ces moments forts et essentiels à vivre et à partager ! C’est la période des mariages, la période des anniversaires, la période des vacances tout simplement ! Alors j’emporte mon blog avec moi en vacances, le temps de vivre, de lire et de découvrir tout ce que je partagerais un peu plus tard ici ou là !

Par Ana-Joe - Publié dans : Actualités à partager
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Samedi 13 juin 2009


On ne le présente plus, on l’écoute.

 

Ce soir là, La Nymphette m’avait prise par la main jusqu’à la libraire La Terrasse de Guttenberg. Douce soirée. Caverne d’Ali Baba. Et puis on a pris l’escalier en colimaçon pour arriver en bas, où ça sentait bon les vieux livres. Carole Zalberg a organisé des rencontres pour entrer dans le vif de la vie de l’auteur. Ici c’était pour Vers la Douceur de François Bégaudeau, donc. Il y avait également Cécile Backès, comédienne metteur en scène. Après un texte d’introduction de Carole Zalberg (ici), on a donc écouté les mots de Bégaudeau, lu par lui-même et par Cécile Backès. Je ne sais pas si c’est l’odeur des vieux livres, ou le son des voix, ou l’enchantement d’être juste là, mais le temps s’est arrêté.

 



Qu’est-ce qui fait que l’on devient adulte ? Hein, dis ?

Ce roman explore la vie de personnages, un peu submergés par les événements de leur propre vie.  Mais n’ayant pas lu le roman je ne peux en dévoiler plus. Ce que je peux dire c’est que les passages que nous avons entendu m’ont fait rire, m’ont hypnotisé et serré le cœur : tout cela à la fois. C’est cela le style Bégaudeau : rendre la réalité à elle-même. Sans chichi. Ces instants là qui font notre quotidien, tellement semblables au nôtre, finalement. J’ai aimé justement cette façon de montrer la réalité. Cette juste précision. Et cette maladresse tellement drôle ! Et ce que je retiens surtout, c’est la richesse de cette rencontre : comme si les choses de la vie devenaient plus simples, banales, finalement moins graves. Parce qu’il y a autre chose à faire que de subir ou de regarder sa vie passer. On n’a pas le droit de se faire prendre son énergie comme ça. La vie est trop compliquée pour que le reste le soit aussi. Chacun son chemin, chacun avec son bagage et ce qui le détermine. Tellement important tout cela. Cette rencontre fait grandir, parce qu’on s’est posé des questions de grands : Cause ou conséquence ? Adulte ou non ? Amoureux ou non ? Et puis, cette rencontre encourage à garder et cultiver beaucoup d’autres choses surtout, parce que ce sont bien elles aussi qui mènent Vers la douceur.

 

Merci La Nymphette de m’avoir prise par la main ce soir là. 

Par Ana-Joe - Publié dans : Actualités à partager
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Mercredi 10 juin 2009

« Dans les livres il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, La rencontre, L’espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n’y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique attention danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s’il est tout déchiré. »

 


Lou Bertignac a 14 ans. Lou est une adolescente surdouée qui rêve en classe, elle observe les gens à la gare et elle les collectionne des tas de choses. Un jour, elle rencontre No, une jeune fille à peine plus âgée qu’elle. No. Quel étrange nom. No, comme « non ». Nolween, en fait. No n’a pas de lieu fixe où dormir. No porte avec elle tout un fardeau. Alors, lorsque Lou et No se rencontrent, c’est un choc. C’est un autre monde qui s’ouvre : celui de l’indifférence, de l’incompréhension et de l’horreur, mais aussi celui du partage, de la curiosité et du don.

 

Le style est violent. Les phrases courtes donnent le rythme. Le sens est juste, la réalité aussi.

« On est capable d’envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l’espace, d’identifier un criminel à partir d’un cheveu ou d’une minuscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d’informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue. »

« On ne devrait pas faire croire aux gens qu’ils peuvent être égaux ni ici ni ailleurs. Ma mère a raison. C’est la vie qui est injuste et il n’y a rien à ajouter. […] On apprend à trouver des inconnues dans les équations, tracer des lignes droites équidistantes et démontrer des théorèmes, mais dans la vraie vie, il n’y a rien à poser, à calculer, à deviner. […] C’est du chagrin et puis c’est tout. Un grand chagrin qui ne se dissout pas dans l’eau, ni dans l’air, un genre de composant solide qui résiste à tout. »

 

Lou va se battre pour que les choses changent, voilà tout. C’est tout cela « No et moi ». L’histoire de la vie. Avec ses choix, ses engagements et puis ses douleurs et ses joies. Et il y a beaucoup de phrases qui marquent, que l’on a envie d’écrire, que l’on a envie de relire. Comme par exemple « Le problème c’est les mais, justement, avec les mais on fait jamais rien. », ou encore « Et notre silence est chargé de toute l’impuissance du monde, notre silence est comme un retour à l’origine des choses, à leur vérité. », et surtout, cette phrase du professeur de Lou, Monsieur Martin « Ne renoncez pas. »

 

Voilà c’est un roman dont le style m’a foudroyé. C’est rapide et franc. On se prend la réalité en pleine figure. Et là, ça a du bon. Ca remet les choses en place. L’histoire de No est terrible et on est littéralement effrayé. Tout cela n’est pas possible, non. Et je me suis beaucoup attachée à Lou, si fragile, si idéaliste, si naïve un peu aussi, mais tellement bouleversante, sûre d’elle, avec un seul objectif : celui de changer un peu les choses. Voilà tout : j’ai beaucoup aimé.

 

« Je croyais que l’on pouvait enrayer le cours des choses, échapper au programme. Je croyais que la vie pouvait être autrement. Je croyais qu’aider quelqu’un ça voulait dire tout partager, même ce qu’on ne peut pas comprendre, même le plus sombre. […] La vérité c’est que les choses sont ce qu’elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l’illusion s’éloigne sans qu’on s’en rende compte. La réalité a toujours le dernier mot. »

 

Par Ana-Joe - Publié dans : Bouquins à partager
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Jeudi 4 juin 2009

Et si l'accompagnement et l'écriture étaient des clés de réussite ?

Film - Richard LaGravenese- Freedom Writers, « Ecrire pour exister », traduction française du titre.

 

La comparaison va paraître étrange mais c’est un mélange de Sister Act 2, pour le dynamisme et la gaité du professeur, et de Entre les Murs , pour l'importance et la place de l'école dans la vie des élèves !

Erin Gruwell (superbement interprété par Hilary Swank) est une toute jeune enseignante et a choisi comme premier poste un lycée difficile de Long Beach. Ses élèves sont à l’école comme à la vie : regroupés par leurs couleurs de peau, par leurs gangs, et si un jour se passe sans qu’ils ne soient tués, c’est un miracle. Terrible. Ca fait froid dans le dos. Les débuts d’Erin sont très difficiles car ses élèves l’ignorent totalement et profitent de chaque prétexte pour s’affronter en classe. Comment intéresser ses élèves ? Comment les comprendre ? Comment leur tendre la main ? Comment faire lorsque leur vie est si écrasante qu’en classe ils se sentent complètement anéantis et croient que tout les conduira à l’échec ?

Il est question d’intégration, de clans, de couleurs de peau. Il est question de racisme. Il est question aussi d’affrontements, de douleur, de morts, de famille blessée à vie. Mais il est surtout question de courage et de l’école. Avec tout ce que cela implique : le rôle du professeur, ses initiatives, sa volonté, sa patience et son investissement. Et pas à pas, avec humour et passion, on voit se développer un vrai rapport de confiance. Et malgré tous les sujets graves et importants dont il est question, cette femme va trouver une chose qui va les réunir et qui va surtout les mettre au coeur du sujet. Grâce à l’écriture, Erin va réussir à leur donner la parole, à les impliquer, à les « protéger » d'une certaine façon et à les libérer. C’est cela l’accompagnement. Petit à petit. Délicatement. Ils vont s'ouvrir, ils vont aussi apprendre et découvrir ce qu'il y a d'autres ailleurs. Pour reconquérir leur amour propre, pour les ouvrir aux autres, pour leur montrer leur talent, leur énergie et leur grande valeur.


J’ai été bouleversée par l’histoire de ces élèves et j’ai été conquise par le dynamisme de cette professeur. Ce sont bien ces personnes là qu’il faut mettre en avant aujourd'hui, qu’il faut mettre en lumière et qu'il faut encourager et applaudir. Car c'est bien par le changement que les choses avancent, que les esprits se font et que la confiance se renforce. Il ne faut plus "rester dans le moule", ou tout accepter parce que "c'est comme ça". Il faut oser, ça c'est sûr. Et il faut savoir faire des choix aussi. C'est engageant, mais le résultat n'est-il pas plus beau ? Parce que c'est aussi rare et tellement plus efficace !

 

Je vous invite également à découvrir la Fondation Freedom Writers ici.             
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Mercredi 3 juin 2009

Résumé : Fin du 18ème siècle, en Angleterre. Comme Lady Diana, dont elle est l'ancêtre, Georgiana, Duchesse du Devonshire, est une femme belle, charismatique, et adulée par la population. Mariée au richissime Duc, elle est contrainte d'accepter un ménage à trois avec la maîtresse de celui, Bess, qui est aussi sa meilleure amie... Insatisfaite, elle s'engage dans la vie publique en faisant campagne pour le parti libéral et en luttant pour les droits des femmes. C'est ainsi qu'elle s'éprendra du futur premier ministre Charles Grey.

 

J’étais en quête de romantisme, de jolies robes, de femmes revendiquant leurs droits, comme c’était écrit dans le résumé. J’avais tellement aimé Chéri au cinéma ici et j’avais surtout été séduite par la ressemblance avec notre époque que je voulais retrouver cela. Et bien ma quête a été brisée ! J’ai été très déçue. Déçue parce que je n’y ai rien retrouvé du tout. (Alors certes peut-être en attendais-je de trop !) J’ai même trouvé tout l’inverse : l’horreur, la grossièreté, l’hypocrisie, les convenances, le viol, les bonnes manières ("bonnes"...à vomir oui !), le chantage, le scandale, les stratégies, la femme résumée à "bonne à faire des enfants". Il n’y a rien de l’amour, rien de romantique, rien de lumineux. Mêmes les belles tenues deviennent laides et répugnantes ; tellement elles cachent de laideur. Et pire, j’ai espéré qu’elle se rebelle, qu’elle s’émancipe, qu’elle fuit, qu’elle parte avec Charles Grey. Mon souffle a été coupé. Et je n’ai été que plus effrayée car mon espoir était illusoire.

 

J’ai retiré le dvd en me disant : quel est le message de ce film ? A part celui de montrer qu’il n’y avait aucun espoir et aucune chance qu’une femme de la fin du 18ème siècle soit heureuse et qu'elel devait se plier à toutes ces horreurs. Mais Lady Diana, ce n’était pas à ce siècle n’est-ce pas ?

Par Ana-Joe - Publié dans : Ciné à partager
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Lundi 1 juin 2009

« Je me demande comment cet ouvrage est arrivé à Guernesey. Peut-être les livres possèdent-ils un instinct de préservation secret qui les guide jusqu’à leur lecteur idéal. »

 

Ce livre est unique.

La couverture et le titre intriguent et nous donnent quelques indices. On devine l’histoire d’un cercle littéraire, qui réunirait donc « des amateurs d’épluchures de patates »… euh serait-ce de l’humour ou un monde fantastique ?
Et puis il y a la couverture : des lettres timbrées de l’île de Guernesey et datées de 1947. Pendant la seconde guerre mondiale donc. En feuilletant on découvre les lettres, d’une à deux pages. 400 pages sous forme de lettres… Surprenant ! Comment unir toute une histoire sous cette forme là ? Déroutant non ? Mais je me suis rappelée comme les correspondances peuvent avoir du sens et de la force (rappelez-vous aussi ici) et puis ce titre m’a encouragé et surtout, ma curiosité l’a largement emporté !

Toutes ces lettres m’ont étonné ! Quel bonheur ! Ce livre m’a beaucoup ému mais il m’a également procuré beaucoup de joie. C’est époustouflant. Je ne veux pas trop en dire. Laissez vous juste séduire par ce monde pas si loin de nous, par la force des livres sous l’Occupation et par cette très belle histoire d’hommes et de femmes que l’on a envie de croiser au moins une fois dans sa vie.

C’est un voyage entre Londres et Guernesey. C’est la découverte de personnages attachants. On rit beaucoup. On est très ému aussi. On est véritablement emporté par le rythme de toutes ces lettres qui font de ce cercle littéraire un merveilleux monde, un hymne à la lecture, un chant à l’humanisme.

 

Quelques passages…

« J’adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C’est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l’argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l’amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. »
 
« Ils nous ont occupés pendant cinq ans. […] Au début, nous étions remplis d’espoir. Nous pensions qu’ils ne resteraient pas plus de six mois. Mais les jours passaient, et ils étaient toujours là. Les vivres ont commencé à manquer, et bientôt le bois de chauffage. Nos jours étaient gris de labeur et nos soirées noires d’ennui. Nous devenions tous maladifs, à force de si peu manger, et l’idée que ça ne s’arrêterait jamais nous rendait maussades. Nous nous accrochions à nos livres et à nos amis, qui nous rappelaient l’autre part de nous. […] A la fin de la guerre, je me suis également promis de ne plus jamais en parler. Je l’ai vécue et j’en ai parlé pendant six ans, je brûle de m’intéresser à autre chose, n’importe quoi d’autre. Mais cela reviendrait à chercher à oublier qui je suis. La guerre fait partie de mon histoire, de notre histoire à tous, il n’y a pas moyen de s’y soustraire. »

« Je vais gagner la prairie parsemée de fleurs sauvages qui se trouve juste devant ma porte, et courir jusqu’à la falaise le plus vite possible. Puis je m’allongerai par terre, je regarderai le ciel – qui scintille comme de la nacre cet après-midi -, je humerai le parfum de l’herbe chaude […]. La mer et les nuages sont ne perpétuelle métamorphose, j’ai peur de manquer quelque chose en restant à l’intérieur. Quand je me suis levée ce matin, la mer semblait pleine de piécettes d’or. Et, maintenant, on la croirait recouverte de dépôts de citron. Les écrivains ont intérêt à vivre au cœur des terres ou près d’une décharge publique, s’ils veulent réussir à travailler un peu. »


Site de Annie Barrows .

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Vendredi 29 mai 2009

Nous avons déjà posé quelques idées... ici et ! Mais il nous fallait une caution de l'intérieur, pour s'assurer que nous n'étions pas à côté de la plaque. Voici l'échange que nous avons eu avec Ameleia, professeur de lettres modernes et de Théâtre à Clermont-ferrand (sa page facebook ): la première partie de ses réponses sont sur le blog de La Nymphette ici, et la suite est donc là...     

 

L'ECOLE (suite)
Quels sont les grands changements de société qui influent le plus sur le métier de professeur et la mission de l’école (féminisme, précarisation de l’emploi, questionnement religieux ou identitaires…) ? L’éclatement du modèle de noyau familial a-t-il une conséquence sensible sur les élèves et leur relation à l’autorité / l’apprentissage ? Tous ces aspects ne sont pas débattus à l'école alors qu'ils sont le lieu des premiers conflits.

Tout ce que vous nommez a lieu. Nous sommes le premier observatoire de la société. Il fallait peut-être nous écouter un peu plus... Tiens, La fameuse question de l'autorité : je crois qu'elle a été dangereusement mal formulée. Mal interprétée aussi, elle a été récupérée par les médias et les politiques comme une fausse religion. Nous n'avons jamais cessé d'exiger. Les élèves veulent des repères fiables, justes, forts même. Mais ils veulent à raison des règles adaptées, toujours mobiles, bien sûr parce qu'eux aussi changent. Je ne sais pas si nous avons su nous adapter. En même temps, l'exigence doit être supérieure toujours et doit  savoir se maintenir. Restez proche et élever demeure la préoccupation principale qui doit nous éloigner de tous les faux débats à la mode.

 

On parle du système nordique comme du meilleur qui soit, avec le plus de réussite, et plus complet en terme de connaissance et de temps pour d’autres activités. Es-tu d’accord ?      
Oui. Avec un bémol. Ils sont beaucoup moins nombreux que nous, ce qui facilite terriblement la tâche. Déjà il suffit que l'on observe la formation des enseignants. Ils suivent un parcours universitaire concomitant avec la formation pédagogique. Nous nous faisons le contraire. Et ça va même en s'empirant puisqu'on repousse en amont la formation concrète en prolongeant le cycle universitaire. Et puis personne ne m'ôtera de l'idée qu'une classe avec moins de 20 élèves et deux enseignants dont un est chargé de faire travailler les élèves en difficulté ne peut pas donner le meilleur. En France nous marchons à l'envers.

 

Le succès de « Entre les murs » est-il pour toi un encouragement pour le système éducatif ou une « publicité pour cancres » comme on a pu lire dans certaines critiques ?            
Il n'est ni l'un ni l'autre. C'est un excellent film. Il donne une température de notre système éducatif. Par son réalisme cru, il ne drague personne mais dresse un constat tragique de société. Les gens y ont beaucoup projeté leurs craintes, leurs préjugés sans doute pour se rassurer eux-mêmes. Beaucoup de profs se sont mis en colère en oubliant que c'était du cinéma et que le film était extrêmement scénarisé. Je ne vois en revanche aucun humanisme dans son message. Pour autant je l'accepte comme une lecture terrible et réaliste de notre société. Je peux attester de la réalité de ce qui y est décrit pour une classe sur 4. (même dans un établissement de centre ville en Province !)

 

LES OUTILS

Quelles sont les pistes nouvelles pour attiser la curiosité de tes élèves ? Quels projets innovants te semblent avoir fonctionné ?

L'ouverture sur l'extérieur. Le travail en équipe avec les multimédias. Les évaluations fondées sur la réalisation de projets concrets. Plus je vieillis dans ce métier plus je crois en cette méthode.

Un vieux truc qui marche : Retravailler à partir des travaux des élèves. C'est le principe que je mets en place en soutien. Les élèves retravaillent systématiquement leur contrôle, ont la possibilité de remonter leur note. Remis en selle, ils ne perdent pas confiance et progressent.

 

Quel livre recommandes-tu le plus à tes élèves ? Quel film ?

Tout ce qui me vient à l'esprit pendant un cours. Tout est occasion à ouvrir une parenthèse. Je fais des comparaisons avec le dernier Spiderman, je raconte Madame Bovary. Parfois, comme ça gratuitement, quand je sens les élèves fatigués, je raconte le livre que je suis en train de lire. Etonnamment, ils écoutent, ils le lisent s'il est pour eux, ou l'offrent à leurs parents.

 

Utilises-tu les nouvelles technologies ?

Oui bien sûr. Mes élèves viennent sur mon blog. Et je les publie parfois. Je lance des actions qu'ils doivent mener. Les fameux « commandos ». On ne peut plus les arrêter. 

 

Que souhaiterais-tu faire passer comme message sur ton métier, l’école, tes élèves ?

Je sors ma barbe de vieux sage pour dire que je n'ai surtout pas de messages !

En revanche, j'inviterais celui qui se prend à juger l'école ou les profs et tout ce qui la concerne à venir une journée à l'école : une heure observer ce qui se passe dans une classe, passer une récré dans la cour, circuler dans un couloir bondé à l'heure de la sortie, manger à la cantine de l'école, retourner observer une heure de cours... tout cela invite à suspendre son jugement...

Ameleia nous te remercions pour le temps que tu as pris, pour la richesse de tes réponses : cela nous donne envie de venir nous glisser au dernier rang et d'observer... Merci !

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Dimanche 24 mai 2009

Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s'installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l'armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu'elle n'est autre que la princesse disparue d'un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l'a préparé à affronter...

 

J’ai été emporté par le fantastique de ce film. J’aime tellement quand l’imaginaire se mêle à la réalité. Et là, lorsque l’imaginaire sauve une enfant de l’horreur du franquisme c’est tout simplement un chef d’œuvre. On est dans un monde féérique à la fois terrifiant et attachant, « où le mensonge n’existe pas ». Le mal incarné car le Capitaine Vidal est si horriblement incarné que l’on se bat aussi pour que la jeune fille retrouve le chemin jusqu’au monde souterrain où ne règne que bonté et joie. Guillermo del Toro décrit sans détour de la caméra toute l’horreur de cette période, la résistance de certains hommes et femmes pour le bien, la torture, la folie des armées franquistes. Il filme aussi comment avec un simple bout de craie on peut se dessiner d’autres portes, vers un autre monde. Il suffit de peu et surtout, notre imagination est une porte de secours.

 

Mais où est passée notre imagination dans le monde adulte ?

Les adules ne voient rien du monde d’Ofélia. Alors oui enfant, nous nous sommes tous créés des histoires, des scénarios, des mondes. Et en grandissant comme le dit la mère d’Ofélia : « tu apprendras à voir que la magie n’existe pas, que tout ce monde n’est que cruauté. » C’est d’une violence et d’une réalité. Guillermo del Toro a enfoui des millions de signes dans chacun de ces personnages pour nous montrer la force de l’enfance et de l’imagination, l’horreur des hommes, mais aussi la bonté de certains et tout leur courage. A l’imagination de l’enfant, il faut ajouter nos convictions d’adultes, car c’est peut-être être bien naïf mais c’est aussi une clé pour dépasser l’horreur, agir pour le bien et revendiquer nos valeurs d’hommes et de femmes.

 

Ce film m’a bouleversé tant il a touché à des valeurs qui me tiennent à cœur et à corps : l’histoire et ses guerres, l’enfance et son imagination, le bien et le mal. Les autres qui obéissent, les autres qui revendiquent, les autres qui résistent. Le Labyrinthe de Pan est un chef d’œuvre, un puits de sens pour l’histoire et pour l’homme.

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Vendredi 22 mai 2009

J’ai 26 ans mais parfois qu’il est bon de lire des histoires pour enfants. Qu’il est bon de lire toute l’imagination des enfants qui se perd quand on grandit. J’ai lu de Philippe Claudel La petite fille de Monsieur Linh et j’avais été émue par l’extrême sensibilité des mots. Et j’avoue avoir été émerveillée par les vingt histoires que j’ai lues en une seule et belle fois. Comme un grand verre de lait frais.

 

Je ne peux rien vous dire de plus que de lire ces histoires là, de les savourer et de découvrir les illustrations de Pierre Koppe au fil des pages. Ce livre est un petit bijou de poche. Je les ai toutes aimées ; mais j’ai quatre préférées : Le dur métier de fée, si drôle et touchant surtout lorsqu’on se rend compte qu’elle « sort d’une longue période de chômage » et qu’elle ne sait plus comment s’y prendre ; Le garçon qui entrait dans les livres, où Lucas a ce don de pouvoir se plonger dans n’importe quel livre pour vivre toutes ces histoires de chevaliers valeureux ; Le petit voisin, cette histoire touchante de Wahid qui vit à Bagdad au milieu des horreurs de la guerre, et Le vaccin de Zazie, où cette enfant rêve de trouver le vaccin pour «rendre les gens gentils ».

 

J’ai aimé cette pure poésie, si réelle, qui nous ressemble tant. J’ai aimé retrouver dans ces histoires là tout ce que nous avons tendance à oublier : nos rêves !

 

Je vous fais partager également la quatrième de couverture : Vingt histoires, à dévorer, à murmurer, à partager. Vingt manières de rire et de s’émouvoir. Vingt prétextes pour penser à ce que l’on oublie et pour voir ce que l’on cache. Vingt chemins pour aller du plus léger au plus sérieux, du plus grave au plus doux. Vingt façons de se souvenir de ce qu’on a été et de rêver à ce que l’on sera. Vingt regards pour saisir le monde, dans sa lumière et dans ses ombres. Vingt raisons de rester des enfants ou de le redevenir. Vingt sourires. Vingt bonheurs. Vingt battements de cœur.

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Mercredi 20 mai 2009

Livre

 

Bonnet d’âne…et Palme d’or – Claire L’Hoër (2/2)

 


L’école et les élèves de demain…


Alors l’école ne sera plus « comme avant », comme nous, nous l’avons connu, ou comme nos parents l’ont connu. C’est une certitude. Faut-il avoir peur ? Faut-il craindre un dérèglement ? ou faut-il croire à un renouveau ? ou faut-il voir une nouvelle façon d’enseigner ?

 

 « L’avenir vous appartient, mais c’est à vous de le construire. Personnellement, je ne suis pas très inquiète pour les élèves ; ils s’adapteront. Ils seront bien plus performants que nous dans certains domaines. […] Les parents font l’erreur d’élever leurs enfants pour les préparer au monde qu’ils ont connu, pas au monde qui s’annonce. Mais pas d’inquiétude, la jeunesse est recyclable. »

 

« Une vérité impossible à dire. Discours du principal : « c’est un établissement mélangé, avec des classes sociales mélangées, des origines mélangées et ça donne quelque chose qui fonctionne pas mal. » C’est ce que chacun voudrait croire dans les écoles et au ministère.  Mais le communautarisme l’a finalement emporté. Chacun apporte à l’école ses traditions, sa religion, ses convictions et ses combats politiques : les musulmans sont antisémites, les juifs se replient sur la défense d’Israël. […] Et au bout d’un à deux mois, ils sont passés maîtres dans l’art de se faire passer pour des victimes du racisme : une mauvaise note ? Le prof est raciste. »

 

« L’école est à vendre ! L’école est aux enchères. Bientôt elle sera sur eBay. »

Les ZEP où sont envoyés les débutants alors que ce sont des zones où il faut être prêt, expérimenté. Guerre entre public et privé, les cours de soutiens ou pas, l’enseignement religieux ou pas, l’éducation civique ou pas. Le scoutisme prend beaucoup d’ampleur car une nouvelle façon d’être en groupe. Affirmation de la conviction religieuse et qui donne la sensation d’appartenir à un petit club. « Quant aux parents, ils délèguent à d’autres la mission de donner à leurs enfants des valeurs de partage, de générosité, d’altruisme… Toutes ces choses tellement ringardes que l’école ne transmet plus. » ou qu’elle n’a plus le temps de transmettre tellement submergée par d’autres missions.

 

Où trouver les solutions alors ? Où reprendre goût ?

Les parents doivent se remettre en question et surtout doivent voir leurs enfants comme « des adultes en devenir » car le dynamisme se trouve bien dans notre jeunesse. Et puis, il ne faut pas non plus négliger les élèves, ils ne nient pas les difficultés auxquelles ils sont confrontés, mais ils ont surtout foi en leur capacité à les surmonter. « La capacité d’adaptation est ce qui caractérise la jeunesse, par définition. Un exemple ? Jusqu’à ces dernières années, les adolescents ont beaucoup regardé la télévision en consommateurs passifs. Désormais, elle les intéresse de moins en moins. Les ordinateurs ont leur faveur. Sur Internet, sur les forums, avec les logiciels, ils ne sont plus seulement spectateurs passifs, ils deviennent des acteurs, ils donnent leur avis, ils agissent, ils inventent au lieu de se contenter d’écouter et d’enregistrer le savoir de manière unilatérale. »

Claire L’Hoër parle d’une nouvelle façon d’enseigner et d’un nouvel espoir pour élèves, parents, professeur et l’école. « Peut-être est-ce de cette manière qu’ils renouvelleront d’eux-mêmes l’idée de l’école. […] En tant que professeurs et adultes, nous devons davantage les guider et définir la limite entre le possible et l’impossible, plutôt que de rester les répétiteurs spécialisés dans une matière que nous sommes devenus. Tout en apportant aux élèves les connaissances qu’ils n’ont pas, nous leur laisserons un peu plus de champ libre pour exprimer ce dont ils sont capables. Il y a fort à parier que dans la rencontre de nos matières grises, les élèves auront beaucoup à nous dire. »

Bonnet d'âne...et Palme d'or est un constat dur mais réaliste. C'est surtout des solutions proposées. Des prises de conscience. Une orientation vers le changement. On apprend beaucoup des idées et de l'argumentation de Claire L'Hoër. C'est riche et surtout, on comprend très vite que c'est aux acteurs - professeurs, parents, école - de changer, de s'adapter à un monde qui bouge ; de se repositionner. Les élèves attendent beaucoup plus des adultes et des professeurs, ils sont en demande perpétuelle, ils veulent être en phase avec le monde extérieur et non pas isolés. Ils veulent aussi être acteurs.

Pour lire le premier volet 1/2 c'est
ici et pour lire "Nous on n'aime pas lire" c'est sur le blog de La Nymphette .
 

 

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